Le film «Arrêt en pleine voie», du réalisateur Andreas Dresen, sortira dans les salles en Suisse romande le 21 mars. L’histoire raconte les derniers mois de Frank, atteint d’une tumeur au cerveau.
Résumé: Frank et Simone ont réalisé leur rêve. Avec leurs deux enfants, ils viennent d’emménager dans une maison de banlieue et vivent heureux jusqu’au jour où le médecin
diagnostique une tumeur au cerveau inopérable chez Frank. Du jour au lendemain, la famille doit faire face à la perspective de la mort.
Dans un film où l’on apprend d’entrée de jeu que le principal protagoniste est atteint d’une tumeur cérébrale, on ne saurait s’attendre à passer un moment gai et insouciant sur son fauteuil. Pourtant, alors même qu’«Arrêt en pleine voie» dépeint le déclin progressif lié à ce cancer incurable – avec finesse, mais sans enjoliver les choses –, le réalisateur réussit la prouesse, avec les acteurs et les professionnels impliqués, de nous réconcilier en définitive avec l’inéluctable et même de nous laisser une forme de réconfort.
A partir du moment où le médecin (un vrai professionnel de la médecine) communique le diagnostic accablant – une tumeur au cerveau inopérable - à Frank et Simone (des acteurs tous les deux), le spectateur passe par toutes les étapes qui vont de pair avec un tel choc: comment la famille va-t-elle surmonter les espoirs réduits à néant, le chagrin des adieux qui s’annoncent, l’accumulation de symptômes toujours nouveaux? Pratiquement tout se passe au domicile du couple, dans la petite maison fraîchement acquise d’où la vue s’étend sur la forêt et une campagne vierge de toute construction.
Nous assistons au désarroi et à l’impuissance qui dominent au départ, mais qui font progressivement place à l’acceptation et aux discussions, tandis que la famille devient plus forte et plus soudée. Ainsi, Frank n’est jamais laissé seul sur le chemin de la mort; il reçoit constamment soutien et affection. Les proches, qui ne savent par moment plus non plus où ils en sont, sont eux aussi soutenus et épaulés par des professionnels (réels) qui se montrent tous humains et compétents.
Dans le film, nous découvrons l’impact de la mort prochaine sur la vie du fils et de la fille de Frank et nous voyons combien il est nécessaire d’informer les enfants et les adolescents et de les associer au processus. Le fait que l’actrice qui interprète la fille de Frank ait vu sa mère emportée par un cancer lorsqu’elle était enfant donne encore plus de profondeur à son jeu et explique pourquoi elle apparaît (comme tous les autres acteurs) aussi crédible et vraie. Nous voyons également, sans l’ombre d’un jugement, que tous les proches n’arrivent pas à affronter la vérité, aussi regrettable que cela soit finalement pour eux, parce qu’ils laissent échapper ainsi l’occasion de faire leurs adieux à Frank en toute lucidité.
Entrelacée dans l’histoire, la personnification de la tumeur de Frank, qui apparaît même dans un talk-show, laisse craindre un dérapage vers l’irréel et le grotesque. Pourtant, il n’en est rien, au contraire: l’irruption de la tumeur personnifiée, de même que les face à face de Frank avec son iPhone apportent un plus; ils contribuent à relâcher la tension et montrent que nous vivons la réalité ici et maintenant avec les moyens et les médias à disposition, même si cela ne permet pas de l’occulter pour autant.
Andreas Dresen a su, avec son équipe, aborder le thème souvent tabou du déclin et de la mort qui approche avec un réalisme empreint de délicatesse. A tout moment, le film offre des moments lumineux et gais; il ne bascule jamais dans le désespoir ou le voyeurisme pur et simple. Alors que, vers la fin de la vie de Frank, le silence se prolonge toujours plus, la nature se met elle aussi en veilleuse symboliquement, et c’est avec une certaine sérénité et une forme d’apaisement que nous suivons ce regard lumineux et doux sur la neige qui se met à tomber.
Sabine Jenny, Service d’information sur le cancer